Mardi 18 Juin 2019 - La fête des péroreuses

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Ca fait deux jours que je suis triste, tellement triste. Rien ne parvient à me rendre le sourire, ni la tendresse de mon mari, ni les câlins de mes enfants, ni les pitreries des chats. Je n'ai envie de rien, même pas de pleurer, juste besoin d'être seule et de noyer ma tristesse dans un océan d'idées noires.


Mercredi dernier Tiphaine, la maman de Robin, a appelé pour dire que le gamin n'allait pas bien. Il ne parlait pas, n'avait pas envie d'aller au collège, était d'humeur changeante. Il a son petit caractère, mais il n'est pas capricieux, c'est en général le signe que quelque chose le mine.

Tiphaine a fini par savoir ce qui le tourmentait. Il est bien comme son père celui-là, quand il n'est pas bien, il est désagréable, et il fait chier tout le monde. Comme si ce n'était pas plus simple d'en parler, on est humain, on peut comprendre et on a tous nos petites périodes de cafard. Surtout qu'en général ce sont des fadaises et que le problème est déjà pratiquement réglé une fois qu'il est exprimé.

Robin s'ennuyait, il voulait voir son papa le jour de la fête des pères. Tiphaine nous a proposé de descendre passer le week-end à Lyon avec eux. Ce n'était pas possible parce que Clément devait partir à 22h00 dimanche soir, que nous avions invité mes parents à déjeuner le midi et que nous nous ne pouvions pas décommander sans déclencher un incident diplomatique. Tiphaine a donc proposé de faire l'aller retour dans la journée. C'est impensable : deux fois 4 heures d'autoroute, même en se relayant, c'est beaucoup trop crevant. Nous l'avons donc invitée à passer le week-end à la maison. Elle est arrivée vendredi soir avec son mari, Robin et ses deux petits frères.

C'était sympa, les enfants étaient contents de passer deux jours au grand air. Robin a tenu à montrer à sa mère tous les lieux qu'il fréquente quand il séjourne ici : la boulangerie, l'étang, la ferme pédagogique, sans oublier de lui présenter son grand copain Eloi. Le temps d'un samedi il a joué les guides touristiques et n'était pas peu fier de proposer un barbecue, chose dont sa famille est privée dans son appartement lyonnais. Pour la fête des pères, il a offert à Clément un bracelet en cuir orné de petites boules en argent gravées au prénom des enfants. C'était vraiment mignon.


Dimanche mes parents sont arrivés à l'heure du déjeuner. J'ai vu tout de suite à l'expression de maman que ça ne lui plaisait pas qu'on ait d'autres invités qu'eux. Elle me l'a d'ailleurs fait remarquer en aparté en me disant qu'elle ne savait pas comment je faisais pour avoir constamment du monde à la maison, qu'elle elle ne supporterait pas. Ben ouais, mais moi j'aime bien. J'aime recevoir autant que j'aime être peinarde chez moi avec mon mari et mes enfants, ça dépend de l'humeur du moment.

Ce genre de remarque ne me fait plus ni chaud ni froid, j'ai l'habitude. Par contre ce qui m'a profondément blessée, c'est qu'elle s'intéresse tant à Tiphaine, bavardant avec elle comme si elles se connaissaient depuis toujours, s'enquérant de ses goûts, de sa vie, de sa santé, alors qu'elle ne me demande jamais comment je vais. Je me suis sentie exclue, et pour la première fois de ma vie j'étais jalouse, envieuse de l'intérêt que portait ma mère à cette inconnue, que j'apprécie beaucoup au demeurant. Les questions qu'elle lui posait, j'aurai aimé qu'elle me les pose, tous ces égards, cette gentillesse, cette bienveillance, j'aurai tant voulu qu'ils me soient destinés, qu'une fois, une seule fois, elle trouve chez moi un petit quelque chose de bien sur lequel elle pourrait s'attarder.

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