la toux de l'amour

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Sa mère a surpris toute la famille en décédant d’une brutale pneumopathie. Depuis, elle est inconsolable. Alors, pour la retrouver symboliquement, elle tousse, le matin en se levant ; à midi en mangeant, l’après-midi en faisant ses courses, et surtout la nuit ; moment le plus grave d’une vie, là où les souvenirs agressent sans prévenir avec une fureur indescriptible.

Alors, elle tousse. A s’en irriter la gorge. Ses yeux et ses joues en deviennent rouge écarlate, ses veines du front saillantes. Les capillaires sanguins du nez ont du mal à tenir la cadence et lâchent parfois sans prévenir. Son sang coule alors de la narine à flot. Le temps de s’asseoir et de mettre un coton épais dans le nez tout en penchant la tête en arrière. Elle ne veut pas consulter le médecin. En toussant, en saignant, elle sent vivre sa mère a travers elle. Ça la rassure.

Rapprochement douloureux mais nécessaire pour donner du sens à une absence.

Elles étaient fusionnelles. Elles le sont toujours.

La vie invente parfois des raccourcis étonnants ; des moyens de se convaincre ; de se dédouaner ; presque de s’excuser d’avoir perdu cet être tellement cher. Se soigner reviendrait pour elle à alléger ces mêmes symptômes qu’a ressentis ma grand-mère avant de décéder subitement d'une pneumopathie. Ma mère ne veut pas faire le deuil. Des photos graves ornent sont portable au milieu de ses petites filles. Couplement douloureux d’un passé enterré et d’un avenir sur lequel elle peine à se concentrer.

Si la mort laisse des séquelles, des cicatrices intolérables, les moyens d’y faire face interrogent fascinent à la fois.

Moi aussi, depuis que ma grand-mère est décédée, je tousse. A m’en irriter la gorge. Parfois mes capillaires sanguins du nez me rappellent combien je ressemble à ma mère. Parfois, je me dis que ce sont mes neurones miroirs qui me jouent des tours, mais non, je suis bel et bien malade. Alors je tousse.

Tousser c’est aussi aimer. Aimer d’une autre façon. Aimer d’une manière plus désespérée, aimer en se scarifiant. Se scarifier de cette vie qui ne laisse plus le choix. Se faire une saignée pour évacuer la douleur, souffrir pour donner du sens à ce qui n’en a pas, donner du sens à la perte définitive.

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zelis
zelis :

C'est douloureux de perdre un parent. Malheureusement, la vie continue et il faut surmonter sa peine.

rotvi
rotvi :

merci Zélis, la vie n'est plus pareille par la suite, ce manque, on n'est pas préparé. On n'est jamais préparé à ça. Bises et encore merci.