Mercredi 01 Mai 2019 - Ce lien qui devrait nous unir

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"C'est toi qui vois". Mais quelle mère aurait répondu ceci à sa fille venue lui annoncer qu'elle attend un heureux évènement? "C'est toi qui vois", qui voit quoi? Qu'aurai-je dû comprendre, comment aurai-je dû l'interpréter? "Fais ce que tu veux, je m'en fiche?", "tu n'en a toujours fait qu'à ta tête, donc ne viens pas demander mon avis?". Je n'en sais rien en fait, je n'ai pas su comment traduire ce "c'est toi qui vois", cette réponse n'a pas été formulée dans une langue que je parle couramment.

Maintenant que Gaël est né, que je suis tout à mon bonheur d'être à nouveau maman, elle me ressort ce "c'est toi qui voit".

Nous avons apposé le prénom de ses deux grands-pères à celui de notre petit garçon. En hommage, pour qu'il se souvienne toujours d'où il vient, lui rappeler ses origines. On ne saura sans doute jamais ce qu' Eliasz, le père de Clément, en pense puisqu'il a disparu de la circulation depuis presque 25 ans, mais papa a été touché que Charles soit le deuxième prénom de son petit-fils. Que me répond maman? "c'est toi qui vois". Ca lui fait plaisir, elle s'en fout? Je n'en sais rien, c'est sans doute moi qui vois quel sens je dois donner à cette réponse. Je lui confie que j'ai choisi le biberon parce que je ne suis pas très à l'aise avec l'allaitement, elle me répond " c'est toi qui vois". C'est ma mère, la personne avec laquelle je devrais pouvois aborder des sujets féminins et intimes en espérant avoir une écoute, un minimum de partage et d'échange, éventuellement des conseils, des retours d'expérience. Mais non, moi j'ai droit à un "c'est toi qui vois".


Mais merde! un "je suis heureuse pour toi", ça lui écorcherait la bouche? Même sans aller jusque là, "il est beau ton bébé" aurait suffit, car oui c'est un très beau petit garçon. Il a une peau parfaite, lisse et douce, des cheveux châtains, des yeux bleus déjà grands ouverts, un petit nez à la retroussette et des jolies lèvres roses et bien ourlées. Ou peut-être aurait-elle pu me demander si l'accouchement c'était bien passé, si je n'avais pas trop souffert. Et bien si justement, j'ai dérouillé. Il a mis 23h pour venir au monde ce petit ange, j'ai l'impression d'avoir subi le supplice de l'écartèlement, mon corps tout entier n'est que douleur. Mais ce n'est pas important, je vais m'en remettre, le corps d'une femme est fait pour enfanter. Mon bébé est là, en parfaite santé, c'est tout ce qui compte, et ce que je ressens quand je le regarde me fait oublier tout le reste.


De la difficulté d'être mère ... J'ai lu ici il n'y a pas si longtemps un écrit qui analysait parfaitement ce qu'une maman peut ressentir lorsque ses enfants lui tournent le dos, lorsque l'indifférence et l'incompréhension s'installent. Cet écrit m'avait interpellée. C'est dur, et injuste, d'être une maman délaissée, difficile d'accepter que la chair de votre chair, le sang de votre sang, l'être que vous avez chéri plus que tout au monde, vous ignore ou ne fait appel à vous qu'en cas de besoin. S'il y a bien une chose dont je voudrais être préservée, c'est bien celle-ci.


L'amour maternel n'est pas un sentiment que l'on peut contraindre, il est naturel ou il n'est pas. Je dois me rendre à l'évidence, ma mère ne m'aime pas. J'ai 46 ans et il est temps pour moi de l'admettre. J'ai grandi sans son amour, je ne l'intéresse pas, mes enfants ne l'intéressent pas, ma vie ne l'intéresse pas. Clément me dis que jusqu'ici j'avais fait avec, ou plutôt sans, et qu'il ne comprenait pas ce que j'attendais et pourquoi ça m'affectait encore autant et me mettait dans un tel état aujourd'hui. Et bien parce que je suis en quête de complicité mère fille, que ça me manque, que j'en ai besoin, que c'est une de mes blessures secrètes dont j'aimerai bien guérir.

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