Dimanche 07 Avril 2019 - Vert, green, grün, verde

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"Voie sans issue, ça veut bien dire ce que ça veut dire. Ca s'appelle comment ici, le bocage vert, le désert vert, la vallée verte? Mais tu habites dans le trou du c-- du monde!".

Mon BigBoss est passé à la maison hier, il ne voit pas le monde avec les yeux du poète, mais la verte vallée est un nom qui sied bien à cet endroit.

Je suis en congé maternité à la fin de la semaine mais je vais travailler un peu de la maison. Lui part en vacances ce soir, nous ne nous reverrons pas avant septembre et il est venu me faire un topo sur l'avancement du projet dont il est le chef, me donner les instructions pour les semaines à venir, décisives pour le lancement du "Go-Live" prévu après les congés d'été. C'est un citadin pur et dur, allergique à la chlorophylle, qui aime le béton, la foule, l'effervescence et les vapeurs d'essence, donc forcément ici, pour lui, c'est un peu l'exil du condamné, l'île de Robinson. Pour nous c'est un havre de paix où il fait bon vivre.

Pour notre séance de travail, nous nous sommes installés sur la terrasse et au bout de quelques minutes le voila qui me dit, agacé par le gazouillis des oiseaux, le cri du faisan qui, rescapé d'une battue, a trouvé refuge dans le jardin, et le ronron des chats installés au soleil pour leur sieste , qu'il n'arrivait pas à se concentrer "comment tu fais pour bosser dans un environnement pareil, qui a dit que c'était calme à la campagne? Et tout ce vert! pour rien au monde je n'habiterais ici".

Non, ce n'est pas calme, mais ici il n'y a pas de bruit, il n'y a que des sons, des chants, des mélodies. Quant au vert, j'ai toujours entendu dire que c'était la couleur de l'espoir. Et la campagne, c'est comme la montagne, ça vous gagne. Enfin parfois.


Nous l'aimons ce petit coin de nature, c'est comme une perle posée sur le velours d'un écrin. De plus, nous adorons cette saison. A la manière d'un réveil matin qui aurait sonné l'heure du renouveau, quelques rayons de soleil ont suffi à sortir la nature de la torpeur dans laquelle elle était plongée. Même s'il a souffert de la dernière tempête, et que les plus vieux arbres fruitiers n'ont pas résisté aux assauts du vent, le jardin n'en est pas moins resplendissant. La serre du voisin non plus n'a pas survécu aux bourrasques, mais son magnolia est magnifique, je ne l'ai jamais vu aussi fleuri.

Tout est vert tendre, jaune doux. Les graviers de la cour sont recouverts d'un tapis de violettes, c'est joli, ça sent bon. Ils sont tellement poétiques tous ces petits bourgeons qui vont bientôt se transformer en feuilles, en fleurs, puis en fruits.

Le matin, pour me rendre au bureau, j'emprunte la route des côteaux où les vignes se parent d'émeraudes. Je traverse ensuite la forêt, dont les frondaisons forment une arche sous laquelle je ralentis pour mieux profiter de la lumière qui filtre à travers le feuillage que le printemps fait renaitre. Je franchis le pont qui enjambe le fleuve avant d'atteindre les premiers champs dont la terre a pris la couleur du jade. C'est vrai, le vert est partout. Je devrais plutôt dire les verts, car il n'y en a pas un semblable à l'autre.

Je suis née et j'ai passé toute mon enfance à 200 km d'ici, je ne peux donc pas dire que cette terre me soit étrangère. Mais elle m'offre encore de jolies surprises et je n'ai pas fini d'en découvrir toutes les facettes.

Lorsque j'ai dit tout ça à BigBoss, il s'est moqué de moi, me disant que j'étais beaucoup trop romantique. Ca m'apprendra à me laisser aller à quelques confidences! Je ne vois pas pourquoi mon style de vie serait plus médiocre que le sien. S'il trouve son équilibre au milieu des grandes villes, tant mieux. Moi c'est ici que je trouve les ressources nécessaires à ma stabilité, loin du brouhaha, du stress, de la cohue.

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