Lundi 18 Mars 2019 - la ronde des casse-pieds

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Et parfois il me prend des mouvements soudains

De fuir dans un désert l'approche des humains.

Qui a dit "l'enfer c'est les autres" déjà?


J'en ai assez de tous les pénibles, les crampons, les raseurs, les barbants, les sangsues, ceux qui ont comme vocation de vous les briser menues. Mais pourquoi ça m'arrive à moi, tout le temps? Peuvent pas changer de boeuf, toutes ces mouches? S'accorder une mi-temps pour me permettre de récupérer un peu?


Ca commence dès le matin, quand je fais le tour du service pour dire bonjour à tout le monde et demander si tout se passe bien. Je croise Eddy et ses acouphènes. Je ne sais pas si ça a un rapport, mais il ne sait pas faire une seule phrase complète "parce que tu comprends hein! Ca me fait comme euh! C'est comme si hii! Et puis schiii! ". Décodeur, svp. Ca dure au moins 20 mn, tous les matins.


Ensuite il y a Stéphane, le magasinier, qui me soutient que nous étions dans la même classe de la seconde à la terminale. sauf que je n'ai jamais mis les pieds dans le lycée qu'il a fréquenté. J'ai beau lui répéter chaque fois, ça ne fait rien, il s'entête. Je ne sais même plus comment lui dire, alors je ne dis plus rien, et il reste persuadé qu'on se connait depuis plus de trente ans. Alors il me ressort des souvenirs qui me sont complètement étrangers, puisque je n'y étais pas. Stéphane, ce n'était pas moi!


Puis vient le tour de Fred, le technicien de l'entreprise chargée de l'entretien du matériel de manutention. Il est là tous les jours, depuis un an, et tous les jeudis soirs, avant de partir, il vient me faire signer sa fiche d'intervention. Tous les jeudis soirs il me demande de lui rappeler mon nom et tous les jeudis soirs il me fait cette remarque "c'est pas un nom français ça! Non hein, c'est pas français comme nom". Stop, Fred, stop, ça m'énerve.


Je passe Alain, de la maintenance, qui tous les jours à l'heure de la relève, pendant que nous sommes tous en réunion, ouvre la porte du bureau en hurlant "alors les filles, on se fait la bise ou on s'enc---?", Sylvie du laboratoire qui choisit toujours le moment où je prends ma micro-pause déjeuner pour venir se plaindre de Valérie "Cruella", son abominable chef de service qui lui fait plein de misères, Francis le dépressif, qui ne va jamais bien, à qui aucun poste ne convient, à moins qu'il ne convienne à aucun poste, à qui il faut parler tout doucement sinon il se sent agressé, avec qui il faut prendre des gants , même quand tu lui passes les consignes les plus basiques, sinon il te fait convoquer par le RH parce que tu as été méchante et qu'il ne faut pas être méchante comme ça avec Francis, il est fragile Francis, il faut le ménager, et enfin Pascal, l'anti tout, homophobe, xénophobe, grossophobe, patronophobe, europophobe, qui passe son temps à commenter l'actualité du web, et termine invariablement ses diatribes par un "ils ont raison, faut tout broyer, faut tout péter!".

Tous ces gens ont sur moi le même effet que la levure dans la pâte à gâteau, ils me gonflent!


Quand est arrivé vendredi soir, je me suis dit ça y est, je suis peinarde, la semaine est finie, il ne peut plus rien m'arriver, je les ai tous eu, le défilé est terminé, les casse-bonbons ont remballé.


C'était sans compter BigBoss, qui à 18h00, alors que je suis au boulot depuis déjà dix heures, que j'en ai marre, que je suis crevée, que j'ai juste envie de rentrer chez moi et de m'éloigner de tous ces emmerdeurs qui ont pourri ma semaine, me pond une visio conférence parce que, oups!, il a oublié de me dire que je devais lui remettre le résultat des tests de la phase 1 pour lundi matin 10h00 au plus tard . Je comprends donc que je vais devoir passer la plus grande partie de mon week-end à lui rédiger un rapport. Avant de raccrocher, il me demande "ça va Marie, tu as l'air contrariée?". Contrariée, moi? pensez-vous!


Ce matin donc, en arrivant, j'ai envoyé le dossier à mon chef vénéré. Une heure après l'avoir reçu il m'appelle pour me dire que, oups!, il s'est trompé dit donc, ce n'était pas pour ce matin que je devais remettre mes conclusions, mais pour lundi de la semaine prochaine. Il est désolé, il ne sait plus comment il vit, il doit penser à tellement de choses. Quand je lui ai fait remarquer que j'avais quand même bossé tout mon dimanche après-midi pour lui remettre son rapport à temps, il m'a répondu que ce n'était pas grave, que ce qui était fait n'était plus à faire.

Et après on s'étonne que je suis énervée.

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Lolita Véda
Lolita Véda :

Euh, on aura pas le même Pascal ou c’est propre au prénom ?! Dis toi que bientôt tu seras en congé maternité (je ne me trompe pas ?!)...

Ancien diariste :

On dirait "Caméra café".

colombine
colombine :

Tu m'as fait rire...pardon. Les joies du boulot !
 

mmg
mmg :

@Lolita Véda : Je ne sais pas si c'est propre au prénom, mais le mien est un cas.
Tu ne te trompes pas, je suis en congé mat dans 3  semaines, et j'ai vraiment hâte

mmg
mmg :

@Black Magic Girl : AH, mais s'ils sont en manque d'inspiration, je peux leur envoyer des idées de scénario, j'en ai à revendre avec tous les phénomènes que je côtoies à longueur de journée

mmg
mmg :

@colombine : tant mieux si mes toxiques ont réussi à te faire sourire :)

vivreencore
vivreencore :

J'ai adoré ce texte ! Grand bon moment de bonne humeur ! Merci !!
Mais dis-moi, on ne bosserait pas dans la même boîte ?
On n'a pas été ensemble dans la même classe de seconde ?! ;-)

mmg
mmg :

@vivreencore : ah! ah! ah, super ton commentaire!