Mercredi 13 Mars 2019 - BigBoss et nos bosses

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Il est gentil mon BigBoss. Il vit sur sa planète BigBoss, avec tous ses compagnons BigBoss et leurs indicateurs de performence, il évolue dans une sphère où gravitent chiffres et graphiques, et ne pense qu'à une chose, son plan de carrière. Parce qu'un BigBoss, ça évolue, c'est une pierre qui roule et qui n'amasse pas mousse, ça bouge, ça ne se repose jamais, sauf sur les épaules de ses collaborateurs.


Quand il daigne redescendre de son perchoir pour nous rejoindre, nous simples mortels, insignifiants petits pions sur le grand échiquier de la mondialisation, c'est pour nous dire qu'il faut qu'on se bouge, qu'on est des incapables, des sous-doués, parce qu'on n'a pas atteint les objectifs. Ses objectifs. Ceux qui vont lui permettre de prendre du galon, de monter en grade. C'est qu'il la veut, sa place au soleil. Il n'est pas venu s'enterrer en pleine cambrousse pour des clopinettes. Le graal, c'est un fauteuil au dernier étage de la Tour (c'est comme ça qu'il appelle le siège social). Il ne lui reste plus que quelques marches à gravir pour toucher les étoiles. Alors hors de question de laisser des nuages assombrir son ciel, il faut qu'on se remue. Car on s'encroûte, on s'englue dans notre routine, on ne se remet pas assez en question. On manque d'imagination, d'ambition et de niaque. Ca fait toujours plaisir!


Lui, depuis 6 mois, il se promène. Il fait le tour des sites de production en Europe, pour analyser leurs process, en vue des grands changements prévus en septembre. Ensuite il synthétise. C'est un synthétiseur quoi! Remarque, il a toujours très bien su jouer du pipeau, c'est un musicien né. Chef de projet que ça s'appelle. C'est comme consultant, ça veut tout dire et ça ne veut rien dire, mais ça fait bien.


Pendant ce temps, nous on se décarcasse sur le terrain. Parce qu'en plus de notre boulot, on effectue les tests de mise en route, on essuie les plâtres. Nous aussi, on synthétise, mais en sourdine. On devrait peut-être faire plus de bruit, on est trop discrets, c'est pour ça, il ne nous entend pas de là où il est.


Aujourd'hui il avait décidé de nous faire l'honneur de sa présence, et l'affront de ses critiques. Il est passé en coup de vent, entre deux TGV, et pendant deux heures nous sommes passés au tourniquet. Il y a un seul point sur lequel on ne s'est pas amélioré, il s'est focalisé dessus et n'a rien vu d'autre. Ni la diminution de 45% du nombre de litiges à la livraison, ni la réduction de 2/3 du taux d'absentéisme dans le service, tout ça en 6 mois, une véritable performance.

Non lui ce qu'il a vu, c'est que le nombre de soins a augmenté. Des soins sans gravité, en majorité des petites coupures, des hématomes, mais il faut les enregistrer. BigBoss nous a accusé de faire de la bobologie, d'être trop douillets, et de mal utiliser nos équipements de protection individuels. Sauf qu'une paire de gants ne sert à rien lorsqu'on se cogne et qu'on ne va pas enfiler une armure avant de prendre notre poste. En résumé, on n'est pas mauvais, on est très mauvais. C'en est décourageant!

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  • Smartine
  • Plume Rouge
  • Addam
  • Lolita Véda
  • colombine
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Plume Rouge
Plume Rouge :

Wahoo, tu pourrais être porte-parole de la plèbe, sérieusement ton texte est universelle et prenant, c'est tellement bien écrit et criant de vérité que ça pourrait être publié !

Lolita Véda
Lolita Véda :

Il est toujours plus facile de critiquer que de féliciter ! Pourtant l’impact n’est pas du tout le même...

mmg
mmg :

@Plume Rouge :merci, mais j'écris juste pour me défouler, ça me fait du bien. 

mmg
mmg :

@Lolita Véda : tu as mis le doigt dessus, les critiques constructives sont toujours bonnes à prendre et font avancer. Les critiques gratuites découragent et démotivent.