Mercredi 06 Mars 2019 - Une bouteille à la mère

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"Tu n'as pas assez de boulot comme ça avec ta fille, le deuxième qui arrive dans deux mois et le fils de ton bonhomme? Tu veux encore t'encombrer d'une gamine que tu connais à peine. Franchement, je ne te comprends pas!".


Ce ne sont pas les mots que j'attendais. En même je n'attends plus rien. On ne se comprend pas, je sais, on ne s'est jamais comprises. Elle ne m'a jamais comprise.

On s'est disputées, il était temps.


Elle a raison, je suis devenue maman à l'âge où les autres femmes ont déjà élévé leurs enfants, où elles peuvent être enfin tranquilles comme elle dit, et souffler un peu.

Mais là où elle se trompe, c'est que ce n'est pas une vocation sur le tard. J'ai toujours aimé les enfants, et j'en aurai fait bien plus tôt si j'avais fait un peu plus confiance aux adultes. Mettre au monde un enfant et vivre dans la crainte de ne pas pouvoir le protéger était pour moi inconcevable. Je n'étais pas prête, pas guérie. Maintenant qu'ils sont là, je sais que je ne fermerai jamais les yeux, ni les oreilles, et que je serai capable de tout pour les défendre.


J'ai gardé beaucoup de secrets dans ma vie, des secrets trop lourds à porter. Je me suis petit à petit délestée du poids de la culpabilité, du poids de la souillure, de la honte, mais je ne suis pas aussi forte qu'il y parait, je suis fragile, très fragile, mais je ne le montre pas, en tout cas pas à elle.


Son secret aussi je l'ai gardé, elle me l'a jeté à la figure le jour de mes huit ans, je l'ai pris comme une gifle.

Pourquoi voulait-elle absolument que je sache, je l'ignore. Peut-être voulait elle que je comprenne.

Quand je voyais toute l'affection et l'attention qu'elle portait à cette autre petite fille, elle enfant de l'amour, je me taisais, je m'effaçais et je souffrais en silence, mais jamais je n'ai été jalouse. Je me doutais bien qu'il y avait quelque chose, je pensais que c'était moi l'enfant illégitime. Non, moi je n'étais que l'enfant du dépit.

Ce jour là j'ai compris que ma mère subissait un mariage qu'elle n'avait pas désiré, mais qu'elle avait contracté uniquement parce que je poussais dans son ventre. En se donnant à un homme qu'elle n'aimait pas uniquement pour oublier son grand amour, elle ne s'imaginait pas que la petite graine qui avait été semée allait germer.

Lorsque sa route a de nouveau croisé celle de l'homme qui faisait battre son coeur, ils se sont aimés, et Zabou est née. Et moi qui existait à peine, je me suis mise à ne plus exister du tout. Que croit-elle, que ça ne me faisait pas mal? Que mon silence avait valeur d'approbation?


Toutes ces années j'ai payé pour une faute que je n'ai pas commise, pour une décision qu'elle a prise. Mais je n'ai rien demandé moi, je n'ai pas demandé à naître.

Aujourd'hui elle me reproche mes choix, de ne pas l'aimer et d'être distante. Mais qu'attend elle de moi? Que je fasse l'aumône, que je quémande les miettes d'un amour que je ne recevrai jamais? Non, j'ai dépassé cela.

Bien sûr que je l'aime, je ne l'ai jamais jugée, et je lui ai pardonné, depuis longtemps. Mais elle me pardonnera t'elle un jour, cessera t'elle de voir en moi celle qui a gâché sa vie?

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