Lundi 19 Novembre 2018

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Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !

Nous avions prévu une sortie au Lac du Der ce week-end, pour observer les grues cendrées. Nous en aurions profité pour aller au festival photo de Montier, ça fait des années qu'elle me fait envie cette expo. Mais avec les blocages attendus samedi, nous n'avons pas osé nous élancer sur les routes au risque de rester coincés des heures dans la voiture avec la puce. On s'est rabattu sur une autre sortie nature pour aller faire une ballade en forêt.

Elle est à l'apogée de sa beauté en ce moment. Le vert ne domine plus, il a cédé la place au bronze. Les arbres ne se sont pas encore tous dénudés. Le squelette de certains se dessine, d'autres ont gardé quelques touffes qui les habillent d'un jupon que les rayons du soleil transforment en cascades d'écus d'or. Les bruits et les odeurs ne sont pas les mêmes qu'en été. Même si les oiseaux sont toujours aussi bavards, les sons sont plus feutrés, comme pour ne pas faire sursauter une nature qui s'endort lentement.

Nous avons emprunté le sentier découverte, parallèle à celui qu'empruntent les vélos. C'est une boucle d'une quinzaine de kilomètres qui a entièrement été aménagée pour permettre aux promeneurs de marcher sans déranger et être dérangés par les vététistes en mal de sensations fortes. Des panneaux informent et invitent les randonneurs curieux à s'éloigner du sentier pour s'enfoncer un peu plus dans les fourrés et aller à la rencontre de la faune locale. Celle-ci est bien craintive, et il est très difficile de l'apercevoir, surtout avec un bébé qui jacasse et un petit chien un peu trop intrépide, mais on apprend des choses étonnantes.

Aux côtés des classiques cerfs, chevreuils et sangliers, particulièrement nombreux cette année, évoluent loutres, putois et lynx. Encore plus surprenant, ratons-laveur et castors peuplent nos forêts. Dans mon esprit ces espèces ne vivaient que dans le grand nord canadien, ou américain, et faisaient un peu partie du folklore associé à Davy Crockett, le célèbre trappeur à la toque en fourrure, naviguant sur les rapides à bord de son canoë pour installer des pièges et capturer des castors, l'homme qui n'a jamais peur, qui n'a jamais faim, qui n'a jamais froid, qui n'a jamais mal (Chantal Goya, sort de ce corps! Ma plongée dans l'univers des contines pour enfants laisse des traces). Et bien non, j'avais tout faux, ces adorables bestioles vivent à seulement quelques kilomètres de chez nous.

Les chauve-souris sont aussi bien présentes. Ca je le savais parce que primo, l'été elles virevoltent au-dessus de nos têtes lorsqu'on s'attarde dehors le soir, deuxio le projet d'installation d'éoliennes sur les terrains de la commune a été refusé car des chauve-souris ont trouvé refuge dans l'ancien tunnel ferroviaire désaffecté, et comme c'est une espèce protégée et qu'elles risquaient d'être incommodées par le bruit des hélices, les associations de sauvegarde des espèces ont mis leur veto et le parc ne verra jamais le jour. On pense que la transition écologique est simple et on se demande pourquoi on traîne tant dans des pieds, mais de nombreux paramètres nous échappent. On ne sait pas tout! Parce que si ton sommeil à toi est perturbé par le sifflement des pales, on s'en fout, par contre les chauve-souris ont le droit de faire dodo tranquilles. Mais bon, ce sont des petites bêtes discrètes et bien utiles.

Une dernière halte nous a amené à la source des fées. Elle s'est fait désirer, on entendait bien le cliquetis de l'eau, mais on ne distinguait rien. Après 10 bonnes minutes de marche, on a aperçu un petit filet d'eau serpenter entre les racines, et il a fallu grimper tout en haut des rochers pour enfin observer cette curiosité. Au fur et à mesure de notre ascension, on pouvait constater que les pierres étaient recouvertes de rouille. En fait, c'est une source d'eau ferrugineuse (c'est parce que l'eau a passé et a repassé sur le fer, et le fer a dissout. Il a dissout le fer? Et le fer a dix sous, c'est pas cher hein? Le dire, c'est bien, mais le faire, c'est mieux. L'alcool, non! l'eau ferru ferrugineuse, oui!) qui par le passé a alimenté de nombreuses légendes.

Sidéré par mon immense culture, Clément a voulu qu'on fasse le circuit en entier, afin que je lui narre - narrasse? - que je lui fasse profiter de mes nombreuses autres connaissances en géologie. Le pauvre! Entre les babillages de sa fille, les jappements de son chien et les papotages de sa femme, il n'a eu beaucoup l'occasion d'écouter la chanson du vent dans les branches. Mais quand il me lance des regards obliques avec son petit sourire en coin en me disant "arrête!" je sais que mes pitreries l'amusent. Et qu'il a envie de moi.

Chateaubriand

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