Jeudi 15 Novembre 2018

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Envies saugrenues de femmes enceintes, mythe ou réalité? Je pensais que c'était du domaine du burlesque, une excuse pour se faire dorloter, chouchouter, "chéri, c'te plait, occupe toi d'môaaa".

C'est qu'on n'est plus tout à fait maitre de notre corps, on est habitée, et le petit pensionnaire qui loge là dedans a ses exigences, et nous fait tourner un peu en bourrique. Je me souviens que ma belle soeur, enceinte de Sacha, adorait le parfum du colza et des oeillets d'Inde que pourtant elle excécrait en temps ordinaire. Je la verrais toujours plonger le nez dans les massifs de fleurs du jardin de mes parents pour s'enivrer de cette odeur pourtant pas très agréable. Patricia elle, quand elle portait Salomé, se faisait des orgies de brandade de morue arrosée de sauce samouraï. Je n'ai jamais compris l'association des deux.


Lorsque j'attendais Stella, je n'avais pas de lubies particulières, ni d'irrépressibles fringales, encore moins de penchants pour les expériences culinaires insolites. Au contraire j'avais plutôt une aversion prononcée pour certains aliments, notamment les oeufs, et je n'ai réussi à me nourrir à peu près correctement qu'à partir du 4ème mois. Clément n'a donc pas été obligé de se lever à 2 heures du matin pour me préparer des tartines d'anchois à la confiture de fraise.

Depuis que je suis enceinte de Mininous, je suis hypersensible aux parfums. Mes capacités olfactives sont démultipliées, au point de percevoir des odeurs que personne ne sent. La semaine dernière je suis allée à la parfumerie acheter un cadeau pour l'anniversaire de papa. Le mélange d'effluves entêtantes me donnait le tournis, mais une fragrance s'est détachée de toutes ces émanations. Je ne sais quel mécanisme étrange s'est mis en place dans mon cerveau, peut-être les réminiscences de mon adolescence bohême, teinture au henné et flower power, mais depuis je me shoote au patchouli. J'en mets partout, dans mon diffuseur d'huiles essentielles, en gel douche, et je me suis acheté un parfum avec le patchouli en note de fond. Ca rend mon mari complètement dingue, il dit que ça pue et que je suis cinglée, mais moi ça m'apaise. D'ailleurs, tandis que je me suis posée quelques minutes pour écrire, j'ai allumé une bougie parfumée au patchouli.

Je me souviens qu'au lycée, une des filles qui partageait le même dortoir que moi trempait ses cigarettes dans du patchouli et les faisait sécher sur le radiateur avant de les fumer. Le parfum se répandait dans toute la chambrée et nous filait un de ces mal de crâne, mais personne n'osait broncher parce que Paola (c'est marrant je viens de me rappeler son prénom d'un coup) était taillée comme un bucheron canadien et il ne fallait pas trop la titiller. Elle avait le crâne rasé de chaque côté de la tête, portait toujours un jean avec des bretelles qu'elle laissait tomber sur ses bras, et prenait un malin plaisir à nous raconter avec des détails bien gores tous les films d'horreur qu'elle passait son temps à regarder. Une fois, alors qu'on attendait toutes devant la porte du dortoir que la pionne revienne avec les clés, elle nous a fait le récit de 'l'exorciste". Lorsque la minuterie s'est éteinte, nous nous sommes toutes mises à hurler et on n'osait plus bouger tellement sa façon de raconter était réaliste.

Elle n'avait pas beaucoup d'amies, les histoires de gonzesses ne l'intéressaient pas. C'était un vrai garçon manqué et n'appréciait que la compagnie des mecs, principalement celle de Loïc, le beau brun ténébreux de terminale dont toutes les filles étaient folles. Tignasse savamment indisciplinée, barbe de trois jours, long manteau noir et sac kaki militaire, lui donnaient un petit air mystérieux qui intriguait beaucoup la gente féminine. Il a lâché un jour que son père était un grand joaillier qui parcourait le monde pour s'approvisionner en pierres précieuses, et que dès qu'il aurait décroché son bac, il suivrait une formation de lapidaire pour marcher sur les traces de son père. Info ou intox, on n'a jamais su démêler le faux du vrai, mais je sais que j'ai été particulièrement déçue lorsqu'un jour, par hasard, je l'ai revu et que j'ai appris qu'il était gérant d'une concession automobile. Y a un truc qu'a pas dû se passer comme il l'avait imaginé.


Je ne sais pas pourquoi je me souviens de tout ça tout à coup. Etonnant ce qu'une petite bougie à la flamme vacillante peut raviver comme souvenirs.

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