Dimanche 28 Octobre 2018

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La famille, la vie de famille, le plaisir d'être en famille, c'est un concept tout nouveau pour moi.

Je ne suis bien évidemment pas orpheline, mais je ne sais pas ce qu'est une famille. De la famille, on ne m'a inculqué que la notion d'obligation et d'autorité : on doit respecter sa famille, on doit bien se tenir en famille, on doit aider sa famille, on doit obéir à ses parents. Je ne connais que le côté contractuel de la famille.

En fait, jusqu'à ce que je fonde la mienne, je ne savais pas ce qu'était une famille. Pour moi, c'était un groupe d'individus plus liés par le sang que par l'amour, qui se réunissait plusieurs fois dans l'année à l'occasion d'un mariage, d'un baptême ou d'un réveillon, parce que ça se fait quand on a une famille. Ces dits individus n'avaient pas grand chose en commun et ne pouvaient pas se sentir, ces dites réunions tournaient à la foire d'empoigne, jalousie et vieilles rancunes ont fini par faire éclater un noyau déjà bien fendu. Mes grands-parents maternels étaient les seuls traits d'union entre tous ces gens avec lesquels je n'avais aucune connexion affective. Après leur mort, tout le monde s'est tourné le dos, plus personne ne se parle, tout le monde s'en veut sans que personne ne sache ou ne se souvienne vraiment pourquoi.

Quant à la famille de mon père, je l'ai toujours vue comme une communauté terrée dans le silence, tremblant à l'idée que leur secret - pourtant connu de tous - éclate au grand jour. Ils se comportaient en coupables alors qu'ils n'étaient que victimes. Et moi, j'observais ce microcosme avec mes yeux d'enfant, puis d'adolescente, et je me disais "mais moi je ne veux pas de ça, jamais! si c'est ça une famille, je n'en aurai pas!".


Lorsque j'ai épousé Pierre, j'ai pensé que ça pourrait peut-être changer. J'arrivais dans un milieu social qui n'était pas le mien et je me suis imaginée que, sans doute, l'éducation, l'argent, la notoriété avaient élevé les âmes et bonifié les êtres. Nous vivions tous sous le même toit, il paraît que ça se fait chez ces gens là, mais cet esprit de famille que j'espérai tant rencontrer ne s'est jamais manifesté. Parents et enfants avaient l'air proches, en société, mais dans l'intimité ce n'était que jalousie et coup fourrés. Je me suis alors dit que les autres n'y étaient pour rien, que cela venait de moi, que je n'étais pas faite comme tout le monde, que la pièce "esprit de famille" manquait à la livraison et n'avait pas été intégrée à mon puzzle.


C'est pire pour Clément qui a très peu connu son père, reparti en Pologne peu après le divorce. Sa mère s'est très vite remise en couple avec le père de Damien, puis s'en est très vite séparée, a déménagé des dizaines de fois au grès de ses nouvelles conquêtes. Clément n'a donc jamais connu de foyer stable et n'a jamais eu le temps de s'attacher. Son père a bien fait quelques réapparitions, avant de complètement sortir de sa vie. La dernière fois qu'il l'a vu, il avait huit ans.


N'ayant l'un comme l'autre pas eu le modèle idéal, je me suis souvent demandé si j'y arriverais. Pas à donner de l'amour, non ça je savais que j'en étais capable, mais à le montrer, à oublier ma pudeur des sentiments pour dire je t'aime, et à ranger au placard cette opinion pourrie que j'avais de la famille. Pour Clément, je savais que c'était une évidence, que c'était ce qu'il recherchait, ce qu'il attendait : donner, connaitre et faire connaître tout ce qu'il n'avait pas reçu dans son enfance. Mais moi j'avais besoin d'apprendre et j'étais persuadée que ç'allait être très compliqué.


J'ai énormément appris de mes erreurs passées et dès que j'ai fait la connaissance de Robin, j'ai su que c'était possible. Cet enfant, tout comme son papa avant lui, a su toucher mon coeur qui s'est mis à parler pour moi. Lorsque Stella est née, je me suis jurée de ne jamais la laisser ignorer tout l'amour que j'ai pour elle et maintenant cela vient naturellement, je n'ai pas peur de prendre mes enfants dans mes bras pour leur dire que je les aime, qu'ils sont formidables et que je suis fière d'être leur maman. C'est une victoire sur moi-même, sur ma réserve maladive, et j'aurai été très malheureuse si je n'avais pas réussi à dire à ceux que j'aime le plus combien je les aime.


J'ai l'impression d'avoir atteint l'inaccessible étoile. Une famille soudée, unie par l'amour et la confiance, qui se parle, s'écoute et se comprend, qui s'épanouit dans le partage, pardonne les erreurs et laisse à chacun le droit d'exister tel qu'il est, ça existe. Ca existe!

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