Mercredi 05 Septembre 2018 - amies?

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Ce n'est pas la première fois que mon amitié avec Patricia est mise à mal. Nous avons des caractères diamétralement opposés et parfois ça fait des étincelles. Ca n'a jamais fait plus d'effet qu'un pétard mouillé et on s'est toujours réconciliées. Cette fois-ci, je ne sais pas. Je vais avoir du mal à passer l'éponge.

Il y a quelques semaines, un peu avant la fin de mon congé maternité, Pat m'a proposé de lâcher mon boulot pour aller travailler avec elle. Elle a besoin d'une associée à qui elle pourrait déléguer, quelqu'un de confiance qui la soulagerait de sa surcharge de travail et a pensé à moi. En fait elle aimerait beaucoup que ce soit moi. J'ai refusé pour plusieurs raisons : l'éloignement géographique et les horaires qui compliqueraient toute l'organisation que j'ai mise en place pour la garde de la puce, ma récente promotion et ce défi que j'ai décidé de relever, et aussi la crainte que notre amitié n'y survive pas. Elle m'a demandé d'y réfléchir sereinement et sérieusement et hier elle est revenue à la charge, espérant une réponse positive de ma part. Je n'ai pas changé d'avis et Pat l'a très mal pris. Elle m'a dit qu'elle ne comprenait pas mon refus, que c'était l'occasion de prendre ma revanche, de réussir enfin ma vie, m’a reproché de me contenter de peu et de n’avoir aucune ambition.

Elle a raison, l’ambition telle qu’elle le conçoit n’est pas mon moteur, je m’en fiche ça ne m’intéresse pas. Pat n'a pas été très tendre avec moi, elle a même été cruelle, et même si j'ai toujours admiré sa grande franchise, on peut dire ce qu'on pense sans faire preuve d'autant de méchanceté. Elle m'a attaqué sur tous le fronts : professionnel, personnel et sentimental. Tout y est passé, comme si elle vidait son sac. Un sac rempli à ras bord de critiques et de jugements. Mes gouts en général, des détails comme mes récentes vacances dans le trou du c-- du monde, à jouer les apprenties fermières, mes nouveaux amis que je ne quitte plus et, le pire de tout, "tu te rends compte que tu es mariée avec un chauffeur routier! mais ma pauvre fille, l'ascenseur social, t'as déjà entendu parler? Ah oui, c'est vrai, t'es claustro, toi tu prends l'escalier!". Là, elle a dépassé les bornes et je l'ai jetée dehors.


Ca fait mal d'entendre ça. Je sais très bien ce qu'elle a toujours pensé de moi, que je suis candide, une écorchée vive en proie à ses chimères qui n'avance pas parce qu'elle n'a toujours pas réglé ses comptes, une grande sentimentale qui fonctionne à l'affectif et fait beaucoup trop marcher sa tête. Nous ne sommes pas faites du même bois elle et moi. Elle a été formatée pour réussir, on lui a toujours demandé de se surpasser, moi on m'a toujours demandé de m'effacer, de ne pas faire de bruit, de ne jamais me plaindre, de ne jamais déranger.


Professionnellement j’ai gravi quelques échelons, suffisamment pour me prouver que je peux, mais c’est tout, je ne vise ni la lune, ni le soleil, ni le firmament. Le rêve d’Icare, très peu pour moi.
De toute façon on m’a coupé les ailes très jeune, je n’ai donc pas cette culture de la performance puisque je n’ai jamais eu personne pour m’admirer, ni pour m’encourager à prendre mon envol. Je me suis jetée dans le vide toute seule, très tôt, et le mot qui me définit le mieux est résilience.
Je suis née dans une famille où le leitmotiv était, et reste encore, travail, obéissance et abnégation, où le « moi » et le « je » étaient presque des gros mots. J’ai donc pendant très longtemps rayé ces deux mots de mon vocabulaire. Et puis j’ai grandi dans l’ombre d’une petite sœur beaucoup trop fragile, puis vécu dans l’ombre de son fantôme, si bien que je me suis effacée au point de devenir transparente et que je ne suis jamais parvenue à sortir de l’obscurité. Ai-je essayé ? oui, souvent. Mais … mais, ça ne sert à rien de courir après des moulins à vent.


Mon cerveau a développé des mécanismes de défense, instinct de survie pour ne pas sombrer, et même si parfois je chancelle, je reste debout et c’est ce qui compte. Je m’enthousiasme de bonheurs simples, d’un coucher de soleil sur l’eau, du chant d’un oiseau au crépuscule, du sourire pétillant d’un enfant heureux, des yeux de mon mari quand ils me disent je t’aime, et je me dis que j’ai une chance inouïe de connaitre ça.
Je n'ai aucune revanche à prendre, j'ai encore beaucoup de comptes à régler, avec moi-même avant tout, et de preuves à faire, notamment dans mon rôle de maman. Je n'ai pas le sentiment d'avoir raté ma vie. Je suis certainement passée à côté de beaucoup de choses, je le sais. Comme beaucoup de monde. Mais j'ai encore des rêves plein la tête, et c'est beau de rêver.


Elles tombent bien mal ces critiques, à un moment où je suis en pleine remise en question, professionnelle justement. Je me suis lancée dans la vie active car mon besoin d'indépendance a pris le dessus sur mon désir de liberté et d'évasion. Je pensais qu'une fois la première atteinte, les deux autres suivraient, que ça coulait de source. Je me suis fourvoyée. C'est vrai que j'ai envie de tout plaquer, d'essayer autre chose, mais je n'en suis qu'au stade de la réflexion. Et surtout, si je décidais de franchir le pas, ce serait pour un changement radical, et pas pour un ersatz de changement. Parce que ce que Pat me propose, ce n'est ni plus ni moins que ce que je fais actuellement. Et ça, je n'en veux plus.

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  • Evana 19
  • Elisa01
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Evana 19
Evana 19 :
• modifié 1 min. après

Je suis assez choquee que ce genre de paroles puissent sortir de la bouche d'une amie.

Si je puis me permettre, et d'après ce que je lis de toi, te marier avec ton routier est l'une des meilleures choses que tu ais pu faire. Il te rend heureuse et t'as offert une magnifique princesse. Ce n'est pas ça qui devrait compter dans la vie?

Parce que l'ascension sociale, je veux bien, mais après?

Je t'admire. Ne pas avoir besoin de prendre sa revanche sur quoi que ce soit, c'est beau. Ne pas avoir besoin de prouver aux autres.juste ce prouver a soi même. Et vivre. Parce que quand je te lis, j'ai l'impression que tu vis. Et ça c'est beau. Ça, je l'admire chez toi.

Tu as raison, prend ton temps, fait tes choix et vis.

Bisous ma belle.

mmg
mmg :

@Evana 19 :
Eva je suis très touchée par ton commentaire, vraiment je ne sais pas quoi dire. En général, je mets les écrits un peu intimes en privé, mais là je n'ai pas fait attention.
Je ne pensais pas renvoyer une telle image de moi en étalant quelques unes de mes tranches de vie.
 Merci, tu as tout compris.
Je t'embrasse