Mardi 08 Mai 2018

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J'adore la campagne au printemps. Mai et octobre sont les mois que je préfère. Le premier est pastel, le second flamboyant, l'un est vigueur, l'autre langueur, mai s'éveille, octobre s'ensommeille. J'aime ces mois de transition.


Le jardin resplendit. Les trois lilas sont entrés en compétition je crois, pour déterminer qui du blanc, du pourpre ou du mauve exhalera le meilleur parfum. Le magnolia a enfin fleuri. Quatre ans qu'il est en place et il ne m'avait encore jamais offert de corolles. Début avril, les bois se sont couverts de bourgeons. Au fur et à mesure de leur croissance, j'en distinguai certains qui semblaient différents. Je me suis dit que, peut-être, cette année, j'aurai la chance que ... et bien oui.

J'ai envie d'une glycine. Je la planterai le long du mur de la grange, au pied de l'escalier qui mène à la salle de jeu. J'imagine déjà son feuillage généreux et ses longues grappes bleues orner la rambarde.


Comme j’étais seule aujourd’hui - Clément est descendu en Italie et ne rentrera que vendredi soir, voire samedi matin - j’ai proposé à mes parents de venir passer la journée avec moi. Ils ne demandent jamais à voir la puce, je ne sais pas si c’est par manque d’intérêt ou … ou je n’en sais rien d’ailleurs, quelle raison pourrait-il y avoir. Notre porte est grande ouverte à tous ceux qui désirent en franchir le seuil. En fait je crois qu’il faut qu’on soit demandeur, d’eux-mêmes ils ne feront pas la démarche. C’est dommage, j’aimerai bien moi que, de temps en temps, ils appellent pour demander s’ils peuvent venir, ça me ferait plaisir qu’ils passent du temps avec leur petite fille, à défaut d’avoir envie d’en passer avec moi. Je me console comme je peux, mais ils font exactement la même chose avec mon frère, jamais ils ne réclament Sacha. Bref, ne nous attardons pas la-dessus, je vais encore me mettre la rate au court bouillon pour rien.


Nous avons déjeuné dehors, à l’ombre des tilleuls. J’avais mis la puce à l’aise, sur son matelas d’éveil, ses petites cuisses à l’air. Elle commence à attraper de bons petits gigots. Elle était toute jolie dans sa petite robe jaune, cadeau de Mika. Il est terrible celui-ci, chaque fois qu'il passe, il amène "une bricole" comme il dit à sa choupinette. Une bricole, une bricole ... la tenue complète oui! Robe, bloomer, chaussons, gilet, chapeau ... A deux mois, cet enfant possède un dressing plus grand que celui d'une bloggeuse de mode. J'ai arrêté de protester, de toute façon il ne m'écoute pas.


Cet après-midi, mes parents ont tenu à ce que je les emmène à la serre où je me fournis en plantes à repiquer. C'est un petit horticulteur indépendant, installé à trois kilomètres d'ici, qui propose toutes sortes de fleurs pour balconnières et des plants de légumes. Je préfères m'approvisionner chez lui plutôt que dans les grandes enseignes, surpeuplées en cette saison et surtout hors de prix. Cet artisan sème lui-même ses plantes, elles n'arrivent pas déjà fleuries , dopées aux engrais chimiques, et leur indice carbone ne fait pas exploser les instruments de mesure. Les tarifs sont raisonnables, les conseils personnalisés et surtout je trouve que c'est important de privilégier l'économie locale. Papa était content, il a trouvé des variétés de tomates qu'il ne connaissait pas. Quant à maman, elle a fait une razzia, elle a dévalisé les présentoirs. Ils ont passé une bonne journée je crois, et moi aussi.

De retour à la maison, maman semblait intriguée par une petite affiche que j'avais épinglée sur le frigo. Une invitation de Philippe, notre maire. Le chef de notre village gaulois est toujours dans son trip "solidarité et convivialité" et multiplie les manifestations pour fédérer ses administrés. Sa petite commune n'a pas beaucoup de sous, alors il souhaite récolter des fonds pour la rénovation du lavoir et le fleurissement du village, et organise jeudi "une brocante gourmande". Il a demandé à chaque participant de confectionner ses douceurs d'antan, dont la vente servira à alimenter la tirelire de la mairie. C'est une belle initiative, il a de l'imagination notre maire, et de la suite dans les idées. J'ai demandé à maman si ça l'intéressait de participer, elle a dit oui tout de suite. On s'est concerté pour ne pas préparer la même chose, et on s'est plongé ensemble dans nos souvenirs d'enfance. Maman se souvient de la cramique et des douillons aux pommes que sa mère, Marceline, préparait, et aussi de la tartignole, une recette de sa grand-mère. Papa lui ne peut pas évoquer son enfance sans parler des vraies gaufres au sucre, préparées avec du saindoux, que sa mère faisait le dimanche. Pour ma part, j'ai un tendre souvenir des palets aux raisins que l'on faisait avec ma soeur, ainsi que de la tarte à la rhubarbe de ma grand-mère. Beaux moments de complicité, trop rares et trop furtifs, mais tu vois Journal, c'est ça que j'attends. Pas besoin de longues phrases ni de grandes déclarations, simplement un peu de temps passé ensemble, à partager des souvenirs ou une passion commune. C'est aussi une très belle façon de se dire qu'on s'aime.

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