Jeudi 03 Mai 2018

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J'aime beaucoup Damien. C'est quelqu'un qui va au bout de ses idées, qui assume pleinement son style de vie, qui ne dévie pas de ses idéaux. Je l'admire, c'est courageux de ne pas succomber au chant des sirènes. Il mène sa barque à sa manière et ne s'en sort pas si mal en fin de compte. Adepte du troc et roi de la récup, il diversifie ses activités, toujours dans le plus grand respect de la nature. Sa démarche est louable. Au tout début de son installation, les gens de son village le surnommait le beatnik, le prenait pour un illuminé, un doux rêveur, un marginal, un hippie. C'est vrai qu'il en a le look, et aussi l'idéologie mais il n'a rien d'un assisté. A ceux qui l'on pris pour un parasite, il a répondu par son travail. Entre son activité de maraicher, la rénovation et l'exploitation de sa ferme et son engagement pour la cause animale, il n'arrête pas, ce qui a fini par forcer le respect de chacun. Et même s'il ne recherche pas la compagnie de ses congénères, au moins il s'est fait accepter, et on lui fiche la paix.


Lundi après-midi, pendant que Robin et son papa faisait une sieste pour récupérer de leur nuit blanche passée à veiller la jument qui allait pouliner, Damien m'a invitée à faire le tour du propriétaire. Nous avons traversé le potager bio, la serre, le verger en fleurs, pour rejoindre la colline qui surplombe l'ensemble. Il m'a confié que c'était l'endroit qu'il préférait, qu'ici il avait l'impression d'être au bout du monde et que ça lui procurait un grand sentiment de plénitude et une grande sérénité.

Je lui ait demandé de me parler un peu de lui, de son parcours, de se qui l'avait amené à vivre ici, de ce qui lui donnait l'envie de se lever le matin. Je pensais que, en grand timide, il allait éluder mes questions. Mais non pas du tout. Il m'a parlé de son enfance et de son adolescence, un peu chaotiques, de ses études d'agronomie, de son dégoût de cette société où l'argent est roi, de sa révolte face à l'injustice et à la cruauté humaine, de son désir d'être acteur et non plus spectateur et de s'émanciper de tous les codes.

Je lui ait demandé si le prix à payer pour cette liberté n'était pas la solitude. Il a souri, en me répondant que la liberté n'avait pas de prix, et que, de toute façon, il ne fallait pas se leurrer, dans la vie on était tous seuls.

Avant de rentrer, nous sommes passés vérifier que le nouveau né et sa maman se portaient bien. Le poulain, seulement âgé que quelques heures, tétait sa mère. Il était sec, son pelage était luisant et ses longues jambes semblaient disproportionnées. Damien les a caressé lui et sa mère en me disant "tu vois Marie, tout à l'heure tu m'as demandé ce qui me faisait lever le matin, et bien c'est ça". C'est vraiment un jeune homme passionné, et passionnant. Il m'a demandé, presque gêné, si on avait déjà planifié nos vacances d'été et si on accepterait de venir les passer ici, avec lui. Je l'ai taquiné en lui répondant que la compagnie de ses pairs n'était pas si déplaisante après tout. Il a baissé les yeux en me répondant, presque à voix basse "toi, le frangin et Roby, ce n'est pas pareil".

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