Mercredi 17 Mai 2017

lu 265 fois • écrit publicAjouter aux marque-pages

C'est étrange quand même les souvenirs, comme ils surgissent à l'improviste, s'invitent à votre soirée.

Hier j'attendais mon homme. A sa demande, il fait des navettes locales depuis une semaine, afin de rentrer tous les jours. Je sais que ça ne va pas durer, car Clément a besoin d'espace, de mouvements. Mais en attendant que l'envie de repartir sur les routes d'Europe lui reprenne, je profite de sa présence chaque soir, et j'adore ça.

Installée dans mon fauteuil préféré, je me suis rappelée comment était née mon envie de tenir un journal.

Je devais avoir 9 ou 10 ans, et, comme souvent, je trainais avec ma sœur dans le moulin de mes grands-parents. Une fois de plus, nous avions bravé les interdits pour monter dans le grenier regorgeant de merveilles : des malles contenant de vieux vêtements. L'une d'elle captivait plus que d'autres mon attention. Elle renfermait les robes et les chaussures de jeune fille d'une de mes tantes. De la petite robe vichy aux escarpins à bouts pointus, j'avais l'impression de pénétrer dans l'intimité de Brigitte Bardot. En explorant sans permission cette caverne d'Ali Baba, j'ai trouvé, bien dissimulé dans les plis d'un petit pull, un cahier d'écolier, tout simple, avec sa couverture grise et austère. Je l'ai ouvert, et j'ai découvert un jardin extraordinaire.

Chaque page me dévoilait un trésor : un ruban, une photo d'idole, les paroles d'une chanson recopiées à la main : "nous avions dix ans à peine, tous nos jeux étaient les mêmes, au gendarme et au voleur, tu me visais droit au cœur, bang, bang ...", des prénoms de garçons entourés de petits cœurs. Ma tante avait confié sa vie, ses émotions, à un cahier.

Je ne savais pas encore que cela s'appelait un journal intime, mais comme par magie, l'évidence m'a sauté aux yeux : je venais de trouver ce que, sans vraiment le savoir, je cherchais. J'allais, moi aussi, tenir un journal, tout lui raconter, lui avouer tous mes secrets. Et c'est réfugiée dans les branches de mon arbre, confident de la première heure, que j'allais écrire les pages de ma vie. Je me souviens très bien, mon premier cahier était bleu, et pour qu'il échappe aux yeux indiscrets, je le dissimulais derrière la plaque décorative en fonte de la cheminée condamnée de ma chambre. C'est si loin quand j'y pense.

Un doux souvenir est encore un bonheur

2
+1
Ils aiment cet écrit :
  • Elisa01
  • october
Partager l'écrit
200principale
200principale :

Quelle belle page de ta vie ! j ai vue le moulin a travers ton écrit j ai même crue reconnaitre l odeur de ce vieux cahier ! bisou

mmg
mmg :

@200principale : merci, je te souhaite une bonne soirée et un excellent week-end. Bisous