Mes fameuses listes...

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Hier, je me suis tuée à la tâche. J'ai surtout repris avec mes manies de noter tout ce que je veux ou dois faire et que beaucoup qualifient de toc de maniaque du contrôle... dans une certaine mesure c'est vrai. J'essaie effectivement de reprendre le contrôle de ma vie mais pas en contrôlant les choses de la vie parce que j'ai compris qu'on ne contrôle jamais rien totalement. J'essaie seulement de dompter mon esprit, de l'empêcher de partir dans ses délires, de ressasser inlassablement mon histoire d'amour perdue... je l'assomme à coups de listes interminables de tâches à accomplir pour qu'il n'ait pas le temps de divaguer et de partir vers ses souvenirs et ça fonctionne plus ou moins, du moins la journée. La nuit, en revanche, c'est autre chose... je pensais que je serais tellement fatiguée à courir dans tous les sens, à monter, à descendre, à ranger, à nettoyer que je dormirais enfin un peu... je suis décidément bien naïve !

J'ai retrouvé la liste des projets que j'avais pour la maison quand j'y ai emménagé il y a plus de 3 ans. Je me rends compte que rien ou presque n'a été fait. Au début, j'étais accaparée par mon attrape-cœur. Je préférais vivre mon temps libre avec lui et une année entière est passée. Puis il y a eu la rupture et deux années sont passées...

Au dos, il y avait une autre liste, beaucoup plus intime celle-là. J'y avais noté ce que je considérais comme les échecs de ma vie, ces ratés qui vous donnent l'amère impression d'être nulle et inintéressante. Je me souviens très bien de mon état d'esprit quand je l'ai écrite: je me sentais forte, incroyablement forte parce qu'il était à mes côtés et qu'il me disait que je n'étais pas du tout ce que j'avais toujours pensé de moi. Sans diplôme, ni compétences particulières je me pensais insipide. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il a tout réparé en moi mais il a déverrouillé certains cadenas qui m'ont permis de faire le reste. Jusque là, je pensais que la seule chose que je pouvais faire était de m'occuper de mon entourage et de travailler durement, comme une compensation pour toutes les autres choses que je n'étais pas...

Cette liste comporte 4 choses que je voyais comme essentielles pour me sentir au niveau du monde qui m'entoure et y trouver ma place: passer mon permis de conduire, faire du sport, reprendre le dessin et obtenir mon bac.

J'ai commencé par le sport, ça me semblait être le bon début. Il fallait d'abord que je puisse m'impliquer sans culpabiliser pour tout ce que je laisserais de côté... ça n'a pas été facile... quand mon attrape-cœur m'a fait comprendre que mes crises de panique traduisaient inconsciemment ma peur de lâcher prise, de prendre des risques, j'ai été comme libérée d'un poids. Je me trouvais ridicule à vouloir faire ce que j'aurais aimé faire quand j'étais plus jeune. J'ai toujours aimé danser, j'ai donc décidé de m'inscrire à un cours de danse et malgré mes petits soucis de coordination, j'ai adoré. C'était plus qu'un changement dans ma routine, c'était un défouloir, une manière de me vider la tête et de penser à moi, un peu. Quand j'ai testé d'autres cours, je suis passée d'une heure par semaine à 3 ou 4 selon mes disponibilités. Aujourd'hui, j'ai besoin de ces moments-là parce que j'y vois du monde, parce que je me libère de tout ce qui me fait mal. Ces deux dernières semaines, je n'y ai pas été et je sens bien que ce n'est pas bon pour moi. C'est ma soupape de sécurité. Demain, c'est promis, j'y retourne ! Je me dis que ce serait un paradoxe d'arrêter à cause de lui ce que j'ai osé faire grâce à lui.

La seconde chose de ma liste que j'ai faite est de renouer avec le dessin. J'ai toujours eu un côté artistique mais n'ayant jamais suivi de cours je me sentais illégitime dans ce domaine et j'avais laissé ça de côté, il y a très longtemps. Par jeu, je lui avais un jour lancé le défi de représenter notre amour de manière artistique. Moi je l'ai fait, lui jamais... il est parti quelques jours plus tard. C'était la première fois que je peignais et, même si j'ai qualifié mon interprétation de chef-d'oeuvre de maternelle, j'ai adoré la sensation de la peinture sur mes doigts. Ce fut aussi un défouloir, une manière d'exprimer le vide qu'il avait laissé, de sortir toute ma douleur. Ma déprime de ces derniers mois m'a éloignée de ça aussi. Parfois je rêve de nouveaux tableaux et je me dis que mon inconscient me rappelle que j'ai le droit, que sans être Kandinsky, j'ai des choses à dire. Il faut que je m'y remette, c'est une part importante de ce que je suis et je l'avais quelque peu oubliée.

Le permis de conduire, je l'avais envisagé comme une manière de lui montrer la confiance en moi que je commençais à avoir grâce à lui. Il ne le sait pas parce qu'il est parti avant que je lui dise que je m'étais organisée et pourquoi je le faisais. Ce que je voyais comme une forme de remerciement était d'un coup devenu inutile et sans intérêt mais je l'ai fait, pour coller à l'image de la femme forte qu'il avait vue en moi. Il avait certainement raison parce que je l'ai réussi, contrairement à ce qu'on aurait pu croire autour de moi, contrairement à ce que je croyais aussi.

Puis vient le bac... ce satané diplôme sans lequel tu ne sembles pas grand'chose au regard des gens. Avec les années, j'ai remarqué que leur attitude changeait quand ils l'apprenaient, comme si, tout à coup, ce que tu disais n'avait plus vraiment de valeur. Pire encore, les compétences que tu as ne sont pas reconnues parce que tu n'es pas censée les avoir ! Je suis satisfaite professionnellement mais cette ombre qui plane au-dessus de ma tête change ma relation aux autres. J'ai tendance à m'effacer, à me sentir moins que rien, inintéressante. A force, je le suis parce que je ne dis rien, parce que je ne montre rien. Je ne cherche pas à me sentir supérieure aux autres, je veux juste me prouver que je ne suis pas une idiote, que je suis aussi capable que n'importe qui et que si mon adolescence avait été différente, je l'aurais eu. Ce qui aurait probablement changé beaucoup de choses dans ma vie... et dans ma tête.

Je n'ai pas encore obtenu le bac mais j'y travaille et j'aime beaucoup ce que je fais, j'apprends des choses qui ne me serviront probablement jamais mais au moins j'occupe mon esprit... tout ce que je fais n'a que ce but-là en définitive: le sortir de ma tête, à défaut de le sortir de mon cœur.

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Ame sensible0420
Ame sensible0420 :

Continue à penser à toi ma belle, c'est le plus important. Fais des choses que tu aimes pour toi seulement. Le fait que tu n'es pas de BAC ne devrait pas changer le regard des autres. C'est stupide les gens qui agissent comme ça.

lafeeauxailescoupees
lafeeauxailescoupees :

Je crois que seules les "âmes sensibles" le savent et que tous les autres, les égoïstes, les arrivistes, les jaloux, les nombrilistes et j'en passe, se réjouissent de ce semblant de supériorité. Ça les rassure. Ils n'ont pas encore compris qu'on est toujours le con de quelqu'un... et qu'il y a toujours plus beau, plus grand et plus fort que soi. 
Moi, je voudrais juste être un peu plus que celle que je crois être... pour arrêter de m'excuser d'exister.