Première page...

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Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été intriguée par le fait de tenir un journal intime. Je me demandais si on pouvait être totalement honnête et objectif par le simple fait d'écrire. A mon époque, c'était l'apanage des filles d'avoir un journal et celles qui se vantaient d'en tenir un, je les scrutais, à la recherche de ce je ne sais quoi qui répondrait à mes questions intérieures. Étaient-elles réellement différentes des autres parce qu'elles en tenaient un ? J'ai eu beau chercher, je n'ai jamais rien vu de différent, sauf cette sorte de fierté quand elles disaient y relater leurs pensées. Ça non plus, je ne comprenais pas... quel intérêt de dire qu'on tient un journal intime si on tient à son intimité ? Était-ce une manière de faire comprendre qu'elles allaient mal, intérieurement ? Parce qu'il faut être honnête, ce besoin n'existe réellement que quand est triste, que quand on a mal... Ecrire le bonheur c'est perdre son temps à le vivre... enfin c'est ce que je crois. Cela dit, je comprenais ce besoin de se parler sans fioriture, sans langue de bois, dire les choses aussi crûment que la douleur qu'elles faisaient ressentir. Alors, moi aussi j'ai écrit mes peines et mes douleurs... ma mère, mon père, l'école... moi. J'écrivais toujours sur des feuilles volantes et quand le vif de la douleur s'était estompé, quelques jours après, je les relisais puis les déchirais. Je n'éprouvais pas le besoin de garder tout ça. Je n'avais d'abord pas du tout envie que quelqu'un tombe dessus et connaisse mes pensées et puis, je parvenais à relativiser parce que j'avais structuré mes émotions. J'ai fonctionné comme ça quelques années, les années les plus difficiles je dirais, celles de l'adolescence.

30 ans plus tard, j'éprouve le besoin de renouer avec mes pensées les plus profondes. Je me rends compte que j'ai oublié de synthétiser ce que je ressentais et j'ai encaissé, coups durs après coups bas, sans plus rien évacuer. Il y a 4 ans, pratiquement jour pour jour, j'ai entamé ce que j'appellerais une thérapie constructrice avec un homme, par correspondance principalement parce que nous n'avions pas la possibilité de nous voir aussi souvent que nous l'aurions voulu. Je l'appelle "Mon attrape-cœur" parce que c'est ce qu'il a fait.

Nous avons eu une relation il y a 16 ans... elle n'a pas duré parce que les choses étaient très compliquées, pour lui principalement. Pendant plus de 10 ans nous avons mis de côté, l'un comme l'autre, ce que nous éprouvions et puis, il y a 5 ans, il m'a avoué m'aimer encore et toujours. Nous avons alors entamé la deuxième partie de notre histoire, plus intense, plus profonde encore. Malheureusement, la distance était toujours présente entre nous et pour la combler nous nous sommes mis à nous écrire, plusieurs fois par jour même. On se disait tout, ce qu'on avait fait, ce qu'on avait pensé, ce qu'on avait rêvé... on s'expliquait le manque qui nous tiraillait, l'amour qui nous portait... on se révélait nos pensées les plus intimes, nos secrets les plus enfouis... Il ne m'a jamais jugée, n'a jamais rien utilisé contre moi pour me faire du mal et ça m'a fait du bien de le laisser entrer dans ma tête... je me sentais moins "bizarre" et surtout je me disais qu'il m'aimait pour ce que j'étais et non pas pour ce qu'il voulait que je sois. Il est le seul à me connaître totalement et je l'aime pour ça aussi. J'ai compris alors qu'on pouvait tout dire par écrit mais à la seule condition d'avoir réellement envie de se mettre à nu et moi j'en avais envie. Je voulais qu'il sache ce que je savais, qu'il me comprenne... je voulais tout lui donner, y compris mon âme.

Cette histoire aussi s'est terminée, il y aura presque deux ans dans quelques jours. Et depuis il me manque tellement que je continue à lui écrire, presque tous les jours. Je continue inlassablement à tout lui dire et je relis nos échanges, pour garder le contact en quelque sorte. Je me doute que ce n'est pas très sain mais c'est plus fort que moi... c'est tout ce qu'il me reste et je ne suis pas prête pour tourner la page... c'est trop dur... Je croyais sincèrement que c'était un amour différent, plus fort que tous les autres... à cause de cette vérité qu'il y avait entre nous. De toute façon, je suis incapable de faire taire mon coeur, mon âme et mon corps... chaque partie de moi l'aime inconditionnellement et malgré la séparation rien n'a changé. Je tremble quand je le vois, je pleure quand il part et je pense à lui chaque seconde de ma vie.

Aujourd'hui le besoin d'écrire pour structurer mes pensées est plus fort que jamais... j'ai besoin d'évacuer mes émotions mais je suis consciente que je ne peux plus lui écrire... même si je sais que je ne parlerai que de lui, directement ou indirectement. Parce qu'il est ma douleur... et mon amour absolu.

J'ai été "sa belle petite fée" mais il reste une autre partie en moi... la partie "femme de sa vie" est détruite et perdue mais il y a encore l'être humain... et pour cette petite part de moi qui survit, je veux de la vérité.

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Plume Rouge
Plume Rouge :

J'adore écrire quand je suis heureuse. Il est vrai que j'écris moins dans ces périodes là, mais j'ai même souvent été frustrée de pas avoir écrit autant que j'aurais voulu ^^ Tu sais pourquoi ? Juste pour me souvenir, et canaliser l'excitation. Un journal authentique aura toujours ses propres raisons d'exister ;)

lafeeauxailescoupees
lafeeauxailescoupees :

Tu as certainement raison Plume Rouge, on ne prend pas assez le temps de noter les jours où tout va bien. On vit le bonheur comme si c'était normal et on pleure sur les jours mauvais. J'essaierai peut-être de changer ça... apprendre à me réjouir d'une journée sans larmes, sans regret... parler de ce que j'ai vu et qui m'aurait émue ou fait sourire... Je me demande seulement si j'arriverai à retranscrire de la joie. Peut-être avec le temps ? Je pense surtout qu'il y a tout un vocabulaire à réapprendre mais j'essaierai, ne fut-ce que pour rendre hommage à ta positivité et pour te remercier pour ton commentaire. A bientôt.