PNM

lu 249 fois • écrit publicAjouter aux marque-pages

C'est drôle. Quand personne sait rien. Avoir une nouvelle identité. Le plus drôle c'est quand les gens croient qu'ils savent tout parce que tu leur a fourni une petite parcelle d'information. Trop drôle.
L'année dernière on pensait tous que ma mère était folle. Ça semble même une éternité, ces temps-là. Peut être qu'elle était vraiment folle, peut être qu'elle l'est toujours. Dans sa folie, elle me disait que mon père était fou, que c'est lui qu'il fallait interner. Mon père étant le seul de mes parents conformément correct sous (certains) rapports, j'ai balayé l'information d'un revers de la main et n'y ai plus pensé.
Peut-être qu'elle avait raison.
Depuis quelques mois mon père est fou. Sauf que je n'ai pas de preuve. Il est ce qu'on appelle un pervers narcissique manipulateur. Ces gens semblent de charmantes personnes, elles obtiennent ce qu'elle veulent la plupart du temps. Ils arrivent à leur fins avec une bonne sélection de mots et d'actions prédéfinies. Et impossible de les dénoncer ; ils sont si normaux. Si aimables. Si respectables.
Personne ne voit comme c'est à la maison.
Maintenant j'ai l'habitude alors ça ne m'atteint plus autant, mais mon père a des mots. Souvent. Il sait que ça blessera. Me blessera.
Il use de mon passé dépressif, incertain. Mots choisis avec soin au préalable. Essaye de me faire croire que je suis celle qu'il faut faire interner. "La pire chose qui soit arrivé à cette famille". Famille. Tu parles. Tout ça avec une telle agressivité qu'on en prendrait peur. Mais pas moi. J'ai pas peur de mon père.
Mon frère, une des personnes que j'aime et le plus au monde, a dit aujourd'hui "Je n'ai pas demandé à faire partie de cette famille". Je ne peux pas penser à cette phrase sans avoir les larmes aux yeux. Il doit supporter tout ça. C'est la seule personne bien dans cette histoire.
Bref, je ne suis pas stupide, du moins assez stupide pour me laisser abattre par les mots purement méchants de mon père, car justement, ils ne sont prononcés qu'à une fin blessante. Mais le traumatisme émotionnel est lourd. Dur à supporter au quotidien. Qu'on ne prenne pas au sérieux mes choix, qu'on m'insulte, qu'on ne me procure pas l'amour que je mérite. Encore une fois je ris à la futilité de mes problèmes. Je ris encore plus quand je pense qu'à 14 ans, je voulais mourir parce que je croyais que les ados étaient méchants et que je n'étais pas capable de supporter tout ça. J'ai de la chance, d'un côté. Que mon "pire" problème soit une mauvaise situation familiale. Des difficultés avec mes études. Manque de personnes humaines à qui réellement me confier. Je pourrais mais je ne veux pas. Une fois j'ai fait confiance à quelqu'un et ça s'est mal terminé. Je ne veux plus en parler. Et je ne veux plus mourir. Je suis capable de surmonter ça, et c'est ça qui fait le plus peur.
C'est drôle.

3
+1
Ils aiment cet écrit :
  • Elisa01
  • hapiness
  • Brum
Partager l'écrit
Elisa01
Elisa01 :

J'ai une mère perverse narcissique, je sais ce que c'est, c'est à devenir fou...
Bon courage

Imogen
Imogen :

merci beaucoup, courage à toi aussi

hapiness
hapiness :

Je te comprends tellement. Mon père est aussi un pervers narcissique (à certains égards), et je vois plus ou moins ce que tu ressens. Parfois je lui en veux, sans trop comprendre si je le devrais ; il a l'air tellement bon, tellement calme, tellement gentil, tellement..tout sauf lui. Et oui, il y a des jours où on a l'impression de ne pas avoir le droit d'en souffrir "Tu ne devrais pas te plaindre" diront certains. Je ne suis pas d'accord. Tu as le droit de te sentir mal, et chacun a ses petits drames (petits..c'est aussi relatif) dans la vie. Tes problèmes ne sont pas "futiles". Aucun problème n'est futile, surtout s'il nous touche et encore plus si nous en souffrons. 
Oui, il y aura toujours pire ou meilleur que nous ; mais ne nous comparons pas aux autres et vivons nos problèmes comme nous le pouvons et voulons :) 
J'espère que tu auras compris mon petit message. Courage ! 

Imogen
Imogen :

c'est un bien gentil commentaire, je ressens aussi pareil. En ce qui concerne les problèmes tu as tout à fait raison, ils ne sont pas moins valides pour autant, mais c'est une sorte de dédramatisation de se dire qu'il y a pire. En soi, si je survis, c'est que je ne dois pas me laisser abattre pour autant et en faire une force. en tout cas courage également, je sais que c'est drainant à la longue comme situation​, on se remet sans cesse en question... et merci beaucoup pour ces jolis mots :)