Ode dérisoire au moi anthropomorphe

lu 300 fois • écrit publicAjouter aux marque-pages

Tu sais quoi ? Je procède très souvent à des introspections. Je pense souvent à moi-même, aux autres aussi, mais seulement s'ils sont connectés de près ou de loin avec moi. Égocentrisme ? Peut-être. Sensibilité ? Surtout. 

J'ai bien aimé me sentir libre ces rares fois dans ma vie. Tu sais. Tu les connais toutes, enfin, t'es un peu là pour ça. J'veux dire, j'suis sûre que tu t'attendais pas à ça au début. Le truc c'est que de base je faisais ça ironiquement mais maintenant je sais plus très bien où j'en suis. Ouais, j'ai eu 15 ans. J'ai été jeune et naïve. J'ai changé, truc de dingue. Peut-être bien, que je le dis trop. Peut-être que je dis trop peut-être aussi. Peut-être parce que ça me frappe toujours autant. Le truc, c'est que je deviens moi-même. Chaque jour qui passe je deviens de plus en plus moi-même, et d'ailleurs j'ai jamais été autant moi-même qu'aujourd'hui et cette phrase ne sera plus d'application demain. C'est ça l'ironie de ma vie: en étant moi-même, je ne suis pas moi-même. J'en viens souvent à ce genre de conclusion mais en vrai je sais pas du tout ce que je raconte. D'ailleurs, je sais même pas si ce que je dis a du sens. Probablement uniquement pour moi-même. Ce qui fait que ça n'en a pas, puisque je ne suis pas moi-même. 

Tu dois en avoir marre je pense. À 15 ans j'étais certes pas mieux, mais au moins il me restait l'innocence d'une ado frustrée et fragile. D'ailleurs je me demande si je ne suis pas plus ado maintenant qu'avant sur certains points. C'est vrai quoi, je t'ai dit que j'expérimentais me sentir libre, t'y aurais cru quand j'avais 15 ans ? Moi-même j'y aurais pas cru. Ce qui prouve cette contradiction, c'est que je peux pas me fier à moi-même, pas seulement parce que je suis pas moi-même.  Bref maintenant je suis presqu'une adulte et honnêtement je sais pas ce que je préfère. En soi je grandis à l'envers, toutes les choses sympas j'les vis sur le tard. C'est pas plus mal. Juste que ça dose pas. Briser cet équilibre c'est sur les plans de personne, mais le conformisme n'a jamais été mon fort. 

Il arrive donc un moment dans la vie où tes choix commenceront à prendre de l'impact, et que ne pas être toi-même ne sera plus suffisant pour combler ton manque de personnalité. C'est ok. Ça arrive à tout le monde. Puis quand tu vieillis tu commences à radoter souvent alors faut pas t'étonner si tu répètes la même chose et que ça a pas de sens. Ni pour toi ni pour ton non-toi. 

Tu vas sûrement encore me voir évoluer, encore souvent me voir rire fort et pleurer en silence, ou l'inverse. Tu vas sûrement rencontrer d'autres gens avec moi. Expérimenter de nouvelles choses. Pousser la sensation de liberté à son paroxysme. 

Jusqu'à ce que je ne me rende même plus compte de ta présence. Non qu'elle ait perdu son utilité, plutôt que je sois arrivée à un point de ma vie où je suis capable de me débrouiller pour mettre mes idées au clair sans ton support. Et tu seras un peu toujours là au fond. En vrai, toi et moi on fait qu'un, ainsi que mon moi-même, ton toi-même, mon non-moi-même et ton non-toi-même. 

Mais pour l'instant, je suis encore trop jeune et naïve et perdue et fragile pour abandonner ce constant monologue avec mon (non)-moi-même schizophrène, alors attends-toi à me voir encore un p'tit bout de temps. Je t'entends déjà crier à l'agonie, mais tu t'y feras, tout comme moi, et pas moi. 

0
+1
Ils aiment cet écrit :
Partager l'écrit

Aucun commentaire, sois le premier à en laisser un !