Cogitations

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J'ai peur. J'ai si peur...

Il m'est facile de me convaincre que la raison pour laquelle mes relations avec ma famille se détériorent tient du seul fait qu'ils soient psychorigides; n'y étais-je pas accoutumé depuis toujours ? Ce n'est pas que j'étais masochiste, non : j'étais juste un indécrottable conciliant, gorgé d'une aménité sirupeuse qui amollissait jusqu'en ses fondements la structure de ma psyché, excédentairement empathique, anticonflictuel au point d'endosser même ce dont je n'étais pas responsable.

Jusqu'à cette année 2018.

Mais je m'égare. Non, la véritable raison pour laquelle mes relations avec ma famille se détériorent c'est qu'ils ont besoin de me voir plus souvent, d'une part, et que ma mère commence à présenter les premiers signes d'une dépendance prochaine que je redoute tant. Je sais, je sais, elle m'a enfanté, élevé, soigné, nourri, jusqu'à mon envol. Je sais, je sais, on n'a qu'une mère, les mamans sont un cadeau de la vie. Je ne le renie pas. Je connais la valeur de l'amour. J'ai toujours été très proche de ma mère et le suis encore malgré son caractère borné, inflexible, militaire. Il me revient subitement en mémoire ce poème que je lui avais composé à l'occasion d'une fête des mères, c'était... c'était... il y a une dizaine d'années peut-être, peut-être plus :

MAMAN

Maman est orchidée au royaume des fleurs

Une âme châtoyante à la fraîcheur exquise

Maman est orchidée, les oeillets mignardise

Exhalent un parfum ambré en son honneur.


Que sourie ma maman, tout aussitôt les roses

Se courbent devant elle en baisant ses chevilles

Que sourie ma maman, et la rosée scintille

Et se pare d'argent, riche métamorphose...

Au-delà des années, bien au-delà du temps

Maman reste maman, au jardin des merveilles

Plus pure que les lys des mariales corbeilles

Que l'on offrait, ému, tout au coeur du printemps.

Et l'enfant que je suis en son adulte écorce

Palpite intensément d'un tendre amour filial.

Maladroit je délivre un aveu tout partial:

"Ma maman est unique", et je l'aime avec force.

Mon Dieu, quel décalage entre mes sentiments d'alors, et ceux d'à présent ! Il était si facile d'écrire de belles choses aux miens quand ils n'étaient plus une menace pour moi ! Combien il était aisé de leur dire que je les aimais malgré leurs défauts... Mais voilà, le temps passe, la vieillesse pointe son nez, avec elle la dépendance, et une question terrible en forme d'épée de Damoclès pointe sur ma cervelle : "Que vas-tu faire lorsque ta mère aura besoin d'une aide au quotidien ?" Et là je n'ai pas de réponse. Car m'occuper de ma mère en permanence avec son fichu caractère, comme je le lui avais promis à la légère, relève d'une pure utopie. Et puis surtout cela reviendrait à dire que je verrais Stéphane moins souvent, voire plus du tout (selon le degré de dépendance) puisque ma famille n'a jamais souhaité le connaître et qu'elle l'a en horreur (l'homosexualité est un péché mortel, voyons !)

J'ai peur pour l'avenir. Non, Stéphane, je ne t'abandonnerai jamais en faveur ma famille, sois-en certain.

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colombine
colombine :

Oh mon Dieu ! Ton écrit me touche en plein coeur. 
Cette peine de l'amour d'enfant que nous avons porté à nos mère et qui était si pur,si innocent, je l'ai connue aussi. Il est tellement loin de la réalité de qui sont nos mamans. Nous les aimons toujours, oui, mais "comme elles sont" et aujourd'hui, elles nous agacent avec leur caractère "particuliers".
Ta peur rejoint la mienne pour ma mère. Elle sait qu'à part moi, personne (fratrie de 3 dont 1 handi) personne ne se chargera d'elle au jour le jour.  Pour l'instant, elle est encore "valide" a presque 94 ans, mais l'avenir......et puis,elle ne veut pas quitter son domicile (à 120km de chez moi). Et pour moi, il n'est pas question d'aller vivre chez elle, ma fille à une vie ici.
Alors, oui, il y a un grand décalage entre l'amour que nous leur portions, et celui que nous leur offrons aujourd'hui. Nous avons grandi, nous avons vécu ce que la vie nous a envoyé, ça nous a changé.
Je crois que c'est ça devenir adulte : voir ses parents tels qu'ils sont, et perdre de fait la pureté de notre amour d'enfant pour nos mamans.
 
Si je devais m'autoriser à te donner un conseil, ce serait celui-ci : cesse d'avoir peur de l'avenir. Ta mère n'est pas encore grabataire. Le jour où ça arrivera, si ça arrive, tu seras toujours à temps de voir avec ton frère comment gérer la situation.
Cette peur, je la connais. Elle m'a saisi il y a presque 3 ans quand mon papa adoptif est dcd, et ne m'a plus quitté durant presque 2 ans. Et le jour où j'ai décidé de m'en débarrasser, j'ai suivi le conseil que je te donne. (pour une fois que je m'applique les conseils que je donne !)
C'est un travail mental qui vaut le coup pour aller mieux.
Et puis ta vie est avec Stéphane. Que celà plaise ou non à ta mère (ou/et ton frère) c'est LEUR problème, ce ne doit pas être le tien. 
Toute proportion gardée, c'est comme si je devais choisir entre laisser ma fille seule ici pour aller m'occuper de ma maman le temps venu ou l'obliger à venir vivre avec moi ! Sans dèc, mon choix est fait !
Le tien aussi !  Stéphane est l'homme de ta vie. Il faudra bien que ta Madame M. s'y fasse ;-) Des fois, tu sais....tout peut arriver ;-)
Je t'embrasse avec tout mon coeur.
(pardon pour la tartine)
 
 

Ancien diariste :

ton écrit est très touchant hector. Tu mets le doigt sur des questions qui font mal. Je rejoins colombine quand elle dit de temporiser...tu n'y es pas encore. 
Mais je suis certain d'une chose...ta maman, quoi qu'il en soit, devra se faire à l'idée que ta vie est avec Stéphane, que ça lui plaise ou non. Et ce sera, évidemment, non négociable. 

Addam
Addam :

c'est très dur comme texte. 
Donne le temps au temps. 
J'ai aussi mes convictions, mais chacun fait ce qu'il veut. 
Ce n'est pas facile comme situation. Courage.
Amitiés.

Hector
Hector :

@colombine : Tu sais parler avec les mots justes, Colombe. Je suis franchement paumé avec ma mère en ce moment et c'est bon de lire tes lignes, d'avoir un point de vue posé. Pour l'instant je ne peux pas encore être objectif, relativiser... J'attends que çà passe, comme si çà allait passer. En tout cas mon choix est fait.
 
Gros bisous, Colombine. Merci pour ton écoute ☼

Hector
Hector :

@Addam : Oui, c'est dur quand il n'y a plus d'amour. Cà me désole.
Amitiés, Addam

colombine
colombine :
• modifié 57 sec. après

@Hector : Je sais bien que tu es paumé. Et c'est justement parce qu'il y a encore de l'amour que tu es paumé. Tu as grandi, ce n'est plus lemême. Tu es un homme bien, un homme de coeur, un homme droit, c'est ce que dit ton texte si on le lit entre les lignes. C'est en tout cas ce que moi j'y ai lu. Le simple fait de te préoccuper de la situation présente et à venir le démontre. 
Mais oui, ça va passer. Vis ça au jour le jour. Aujourd'hui, ta mère est encore "autonome", du moins en partie. Plus tard, tu verras. Cesses de te prendre la tête.
Je t'embrasse