Cher automne, voilà que je t'apprivoise.

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Cher journal,

Pour moi, l'automne a le goût d'un café partagé, rituel sacré bien ancré, d'un muffin à la myrtille et l'odeur de croissants du métro à sept heure cinquante, et la couleur ambrée d'un journal abandonné sur le bitume. L'automne flambe entre ses feuilles jaunes les derniers rayons d'été, fait bruisser les grands arbres quand le vent souffle fort, pique les joues dans le petit matin, et nous laisse à six heures un ciel rose orange traînant dans son sillage, trop tôt, bien trop tôt, le soir. Quand déjà, si tôt, il fait si nuit.

Cher automne, voilà que je t'apprivoise, fidèle à ma promesse. Une saison mal aimée de repli en dedans pour apprendre son odeur, ses sourires et mes pleurs que, des centaines de nuits plus tard, je crois connaître sur le bout du coeur. L'automne, voilà.

J'ai le coeur lourd, journal. Je me sens mal de dire ça, mais je me sens si horrible à côté de mes deux copines. Si petite. Si transparente. Elles ont tout ce que je n'ai pas. Et ça me transperce doucement le coeur, ça me brise en lambeau, ça me déchire, journal. Ça me déchire si fort. Elles sont si intelligentes, si belles, si grandes, si tout. C'est la tempête dans ma tête, mon journal. Et je meurs d'être seule, parfois, j'en meurs, de m'effacer si vite, de me sentir si transparente, si superflue, inutile ? J'en meurs, de ce noir qui grandit et qui parfois, dévore tout. Je voudrais changer. Etre quelqu'un d'autre. Je ne veux plus être moi. Je n'en peux plus de ces cheveux horrifiques, de ces kilos en trop, de ce nez, de cette timidité, de ma lâcheté.

Mais tu sais quoi, je ne veux pas partir. J'ai encore tellement de choses à vivre, de choses à te dire. Parce que je pourrais te raconter mille souvenirs, te parler de tous les endroits que j'ai aimé, te raconter tous les instants qui m'ont changée, ce ne serait jamais que des mots.

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  • michigan
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Ancien diariste :

Ton écrit est tout simplement magnifique. Magnifique est ta description de l'automne, presque trop légère et magnifique est ce second paragraphe qui vient contraster, illuminer et sublimer la première partie en même temps qu'il déverse ce flot de douleur dans ta comparaison avec ces autres filles auxquelles tu dis ne pas ressembler. Et que dire de cette conclusion où tu sembles faire comprendre que tu désires "apprivoiser" ta vie de la même façon que tu as "apprivoisé" l'automne. Bravo. 

Dear poet
Dear poet :

@rotvi : C’était ce que je voulais exprimer, ça me fait plaisir que tu aimes. ❤️ Douce journée