Coucou Tata

lu 18 fois • écrit public anonymeAjouter aux marque-pagesSignaler un abus

Ca fait trente ans que tu es partie. Tu n'as pas vraiment décidé je pense, tout a été trop vite. Une grosse souffrance, beaucoup de désespoir, une volonté de faire taire cette foutue angoisse.

Et moi je t'aimais. Et moi je m'inquiétais avant de savoir.

Dans mon innocence d'enfant, je sentais le stress dans la maison. "On ne trouve pas tata" "personne ne sait où elle est" ....

Tu aurais pu être n'importe ou, au magasin, chez le médecin, chez une amie.

Mais il y avait l'inquiétude, comme un pressentiment.

Je commençais du haut de mes dix ans à tourner en rond, malgré l'espoir possible, j'avais le ventre noué. La vie de la maison continuait son cours en apparence, mais une tension énorme s'était installée.

Ou étais-tu? J'avais envie de penser à l'innocence, à la joie, à l'amusement. Les secondes passaient et j'attendais la bonne nouvelle. Celle qui allait rassurer tout le monde, soulager les coeurs et nous permettre de nous retrouver. Cette bonne nouvelle qui n'arrivera jamais.

Maman avait bien dit quelques semaines avant qu'elle s'inquiétait pour toi "on doit s'occuper d'elle, elle ne va pas bien", mais je n'avais alors pas compris quel était le sens de ma mission, comment du haut de mes 10 ans m'occuper de toi, pour que tu ailles mieux?

Si tu savais comment j'aurais aimé te croiser dans l'escalier ce matin où tu es partie, parler avec un enfant ça apaise toujours...j'aurais pu donner l'alerte, chercher quelqu'un.

Mais je ne t'ai pas croisé, tu étais déjà partie à mon réveil.

Je te regardais souvent profondément car maman s'inquiétait pour toi. Tu descendais chez nous, prenais un repas ou un dessert et toute notre énergie t'entourait, au milieu de notre cercle familial et je pouvais distinguer un léger soulagement sur ton visage.

Le jour de Noel où je suis montée te voir, tu m'as donné un cadeau, je trouvais ça si gentil d'avoir pensé à moi. J'avais une tata et c'était vraiment bien.

J'avais l'habitude de ta présence au dessus de nous, je te voyais laver tes vitres et j'avais toujours peur que tu tombes mais maman me rassurait.

J'aimais voir ton visage à la fenêtre, esquissant un demi sourire. C'etait pas la grande joie mais je t'aimais exactement telle que tu étais.

Et puis on a frappé à la porte. Et j'ai ouvert. Ton fils demande à entrer ce qui n'arrivait jamais. "Elle est là ta mère?"

A peine ma réponse prononcée, il est entré jusqu'au salon ou étaient allongées ma mère et ma soeur puis il a dit:

"c'est plus la peine de se disputer, elle est morte!"

J'ai entendu ma mère hurler à travers le salon "bande de salauds, vous l'avez tué"

et ma soeur qui essayait de la contenir... Elle hurlait sa douleur et moi je n'avais pas une larme

Je ne pouvais pas entendre, pas comprendre cette information. Comment d'un moment à l'autre sans prévenir il ne me serait plus possible de te revoir?

30 années ont passées. J'ai l'âge que tu avais lorsque tu as du partir. Je porte toujours ta présence en moi.

Je reste toujours sidérée par ton absence, j'aurais préféré croire que je pourrais te revoir.

Tata c'est vraiment un sale coup que tu nous as fait. Tu nous as privé de toi. Pour si longtemps.

On aurait pu parler, trouver une solution, mais tu es partie beaucoup trop tôt, toute seule dans un champs.

Je n'ose pas penser à cet instant que tu as traversé, cette souffrance que tu as du endurer toute seule avant ce moment fatidique,

je n'ai qu'une envie c'est de te prendre dans mes bras, te dire que je t'aime et que l'amour peut tout guérir,

bien sur tout le monde fait des erreurs mais malheureusement pour certaines on ne peut pas revenir en arrière,

tu me manques depuis toutes ces années,

je suis restée figée depuis ce fameux jour, ne pouvant tout simplement pas rationnaliser ton départ.

Ce temps passé avec toi était trop court.

1
+1
Ils aiment cet écrit :
  • Indy
Partager l'écrit

Aucun commentaire, sois le premier à en laisser un !