» Cet écrit fait parti du groupe d'écrits "Histoire de vivre"
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C'était de la haine. De la pure haine. Cette énergie qui te mange tout entier, qui se déplace à la vitesse de la lumière en toi, en chaque partie de ton corps, qui fait bouillir ton sang, qui te convulse tous les muscles. Cette haine qui te donne l'impression que tu peux tout faire, qu'une force grandit en toi, une force si puissante que rien ne te résiste. Cette envie de taper, de frapper, cette envie de faire mal.
Mais je ne pouvais pas. Je devais tenir quarante-cinq minutes, quarante-cinq longues minutes dans cette salle de classe, au premier rang, avec un prof que je détestais de tout mon coeur juste en face. Parce qu'il m'avait mise devant, tout devant, parce qu'il avait déplacé tout le monde comme ça l'enchantait, parce qu'on me punissait alors que je n'avais rien fait. J'allais finir chez la doyenne alors que j'étais celle qui s'était tenue à carreau depuis le début de l'année. Tout ça à cause d'un prof totalement stupide.
J'étais partie trop tôt, départ précoce, c'est le terme qu'il avait employé, pour parler du fait que Fred avait tracé alors que le cours n'était pas terminé, moi sur ses talons. C'était il y a une semaine, la sonnerie retentissait dans tout les lycée, le prof avait fini sa phrase, fini son cours, mais j'étais assise vers la porte et dans mon élan, apparemment, j'étais sortie trop vite. C'était juste ça, mais le monde me semblait si injuste, si incapable, si désespérant. Moi, moi, punie, sanctionnée, à cause d'un départ trop rapide.
J'avais envie de crier. De leur crier à tous ces cons qu'ils ne savaient pas ce que j'endurais depuis cette rentrée, qu'ils ne savaient pas que j'étais la personne la plus motivée de la classe, celle qui voulait réussir, qui allait réussir cette année. Ils ne savaient pas que travailler avec dix-huit mecs était quelque chose de totalement impossible, que les cours se résumaient à des cris, des sifflements, des batailles de Haribo et des engueulades avec les profs. Moi, je venais, je bossais, je repartais. On ne m'avait jamais dit que je parlais trop, que je faisais trop de bruit, parce que pendant le cours, je ne sortais pas un mot. J'écrivais, je prenais des notes, je me montrais polie, je repartais. J'avais de bons résultats. Et tout ça pour ça. J'aurais pu être aussi insolente que Quentin, c'était quelque chose que j'adorais, que je pouvais faire sans problème. Crier, rigoler, lancer des blagues à la tout-va, faire des remarques, parce que j'étais comme ça. J'aurais pu poser des questions idiotes pour faire marrer les autres, j'y arrivais sans problème. Mais j'étais décidée à bien travailler. Alors je me taisais, et là, la première fois qu'il m'arrivait quelque chose, la première fois que je sortais du cadre, paf. Eux, on ne les engueulait même plus, ça ne servait plus à rien, mais moi, on allait m'envoyer voir je ne sais qui !
J'avais une rage qui me prenait à chaque cellule, chaque veine, chaque petite goutte de sang. Cette envie, ce besoin de faire mal. Mais je ne pouvais rien faire, alors je me suis contentée de prendre un stabilo, et je l'ai fait tourner entre mes doigts, lentement, pendant tout le cours. J'ai respiré. Tranquillement.
Et dès que le cours s'est terminé, je suis partie. Sans un mot, je suis allée exploser ailleurs.
Par La fille au foulard vert, le 15 Février 2012 à 22h36 (Suisse, GMT+1). Cet écrit a été lu 43 fois.
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